Pas Assez De Toi Mano Negra Explication Essay

Pas Assez De Toi apparaît en 1989 sur l’album Puta’s Fever. On peut y entendre, en plus de celle de Manu Chao, la voix d’Anouk Khelifa, alors la petite amie du chanteur de La Mano Negra. Le single connaîtra un réel succès en 1990, figurant en bonne place dans les charts de l’époque.

La Mano envoie ici une rythmique sèche, à claquer des doigts, un accompagnement léger pour un flow dynamique. Sur trois accords, la désarroi d’un homme qui refuse de s’avouer vaincu par l’amour. A grand coup de mauvaise foi, il aimerait se faire croire insensible, il a pourtant déjà succombé aux yeux de sa belle.

Avide de sensation, du “faut que ça bouge” à l’explosion, “une envie de n’importe quoi”, refusant de se rendre à l’évidence, qu’elle lui manque plus que tout. Surjouer la colère et l’indifférence pour ne pas perdre la face, non, il n’est pas accro…

Le couple comme sujet d’expérience, le dominant est celui qui se montre le moins dominé, jeux de possession, bras de fer sentimental, puisque son indifférence, soit disant, ne le touche pas. Chanson brève, speedée, qui met le doigt sur une dualité, le paraitre et le ressenti, masquer ses faiblesses à tout prix, quitte à passer par l’absurde et le non sens.

Une intensité qui monte au fil des secondes, comme une colère intérieure qui ne trouve pas ou s’apaiser, la colère d’un homme qui ne décide plus à la place de son cœur, qui a déjà perdu le contrôle de son ressenti. Des menaces presque, comme pour rejeter la faute sur l’autre, sur celle qui désormais maitrise vos émotions.

Vous trouverez ici, Pas Assez De Toi repris par Louis Bertignac.

Les Paroles

J’ai comme une envie de tourner le gaz
Comme envie de me faire sauter les plombs
Comme envie de t’expliquer comme ça
Que ton indifférence, elle en me touche pas
Je peux très bien me passer de toi
Comme envie de sang sur les murs
Comme envie d’accident de voiture
Comme envie d’expliquer comme ça
Que ton indifférence elle en me touche pas
Je peux très bien me passer de toi
J’ai comme envie de n’importe quoi
Comme envie de crever ton chat
Comme envie de tout casser chez toi
Comme envie d’expliquer comme ça
Je peux très bien me passer de toi
J’ai comme envie d’une fin torride
Comme on en voit qu’au cinéma
J’ai comme envie que ce soit terrible
Et que ça se passe juste en bas de chez toi
Je peux très bien me passer de toi

1À quelques exceptions près, la musique populaire est un monde unilingue : rares sont les groupes ou musiciens solistes qui pratiquent avec succès un répertoire plurilingue. Toutefois, lorsque la chanson se fait polyglotte, elle est souvent créative et ne dédaigne pas les néologismes audacieux. Mais malgré tout, ces phénomènes pourtant intéressants restent trop souvent dans l’ombre. Précurseur, surtout en ce qui concerne le mélange de langues dans la musique punk, le groupe anglais The Clash a joué un rôle pionnier en émaillant ses textes anglais de brèves incursions dans d’autres langues. Par exemple, en espagnol dans la chanson Spanish Bombs (« Yo te quiero, o mi corazón »).

2C’est dans cette tradition que s’inscrit le groupe français Mano Negra (1987–1994), que Joe Strummer et son groupe influencent à plusieurs égards : sur le plan musical (mélange de genres), sur le plan linguistique et thématique (mélange de langues, focalisation sur les sujets hispaniques et latino-américains), mais également au niveau graphique (logo du groupe). Mano Negra illustre bien le phénomène multilingue et prouve, par son succès, qu’il est possible de rester proche de la musique punk tout en s’ouvrant au mariage des langues et au mélange de genres (son répertoire combine en effet le rock et le hip-hop, le flamenco et la chanson).

3Si, d’après les critères établis par Barbara Lebrun dans son livre Protest Music in France, la Mano Negra et Manu Chao (fondateur et band leader) sont à classifier à la fois dans la famille du « rock alternatif » et dans celle du « rock métis » (Lebrun, 2009), il faut toutefois affiner un peu la catégorisation selon les types de critères : le premier type concerne surtout l’économie, tandis que le second – qui nous intéresse ici – relève de l’esthétique, à savoir la forte propension au métissage des genres et des langues. Cette propension au métissage explique, à en croire son ancien claviériste Thomas Darnal1, pourquoi la Mano est un groupe culte, surtout en France, en Espagne et en Amérique du Sud. C’est aussi pourquoi nous allons nous pencher ici sur ce groupe, en le prenant comme exemple paradigmatique du multilinguisme dans la musique punk française.

État actuel de la recherche

4A l’heure actuelle, Mano Negra n’a guère excité les curiosités scientifiques, mais le groupe fait tout de même quelques apparitions dans certaines analyses de la musique populaire française. Premièrement, Brian George lui consacre une description dans son article « Rapping At The Margins: Musical Constructions Of Identities In Contemporary France », où il place le groupe dans la mouvance du rock alternatif, à côté des Négresses Vertes, en lui reconnaissant le mérite d’avoir enrichi le punk grâce à quelques touches de reggae ou de raï (George, 2007).Ensuite, citons un article deJosh Kunqui, bien que se focalisant particulièrement sur la carrière de Manu Chao, évoque tout de même le groupe en marge de cette biographie (Kun, 2004). Enfin, l’ouvrage de Barbara Lebrun, que nous avons déjà cité, se penche un peu plus en détail sur le groupe Mano Negra, mais surtout dans le contexte de l’industrie du disque français (famille du rock alternatif). Conclusion : malgré un corpus de publications consacrées à Manu Chao et à son groupe, aucune monographie scientifique n’avait envisagé l’interculturalité comme moteur de la création artistique chez la Mano Negra.

5Cette lacune a pu être comblée, tout d’abord partiellement, par une thèse de doctorat rédigée en allemand et présentée à l’Université de Passau en Bavière : Mano Negra – Historiographie und Analyse im interkulturellen Kontext (titre français: Mano Negra, historiographie et analyse dans un contexte interculturel, Universität Passau, Opus – Online, 2015). Cette étude s’attachait à décrire les nombreux éléments de métissage linguistique, musical et artistique qui caractérisent le groupe, tout en suivant une approche analytique qui puise son fondement méthodologique et théorique chez Peter Wicke, dont l’article Popmusik in der Theorie souligne que l’analyste – surtout lorsqu’il se penche sur la musique populaire – est appelé en permanence à développer ses propres méthodes (Wicke, 2002). Pour ne pas dépasser le cadre imparti à ce type de travail, les analyses s’étaient concentrées, à l’époque, seulement sur le premier album de Mano Negra (Patchanka), en développant plusieurs aspects : le titre de l’album, les titres des pièces et les textes de chacune des 14 chansons de l’album. Loin de prétendre à l’exhaustivité, le travail qui en résulte proposait donc une analyse ponctuelle du multilinguisme chez la Mano Negra, restreinte à un seul album.

Sujet, questionnement et approche méthodologique

6C’est donc pour élargir le spectre de cette première ébauche que nous inclurons ici les quatre albums enregistrés en studio par le groupe. Pour atteindre un équilibre entre l’analyse des simples titres d’albums – trop brève et sans intérêt particulier – et celle des textes intégraux – travail trop fouillé pour le cadre qui nous est imparti ici – nous nous concentrerons sur les titres des chansons de ces quatre albums publiés par la Mano Negra entre 1988 et 1994 : Patchanka, Puta’s Fever, King of Bongo, Casa Babylon.

Notre étude vise à déterminer la manière dont différentes langues sont employées par le groupe Mano Negra dans les titres de ses quatre albums studio. Cette étude sera menée à la lumière d’éléments biographiques, en prenant en considération le vécu de certains membres du groupe – ce qui permettra de vérifier si la variété linguistique qui caractérise le travail du groupe reflète ou non la diversité culturelle et linguistique de ses membres. Ce travail a pour objectif global de mettre en évidence l’importance et la signification de la Mano Negra pour la scène punk française.

7Puisque nous nous proposons d’élargir l’analyse entamée par la thèse de doctorat mentionnée ci-dessus, nous en reprendrons également les méthodes analytiques, qui privilégient l’interprétation de l’œuvre. Nous renoncerons donc, ici, à d’autres approches (par exemple, celles centrées sur la réception de l’œuvre et sur les acteurs de la scène punk), tout en soulignant qu’il serait sans aucun doute envisageable et même souhaitable de voir se greffer, sur ce travail, des interprétations plus contextualisées.

Analyse

8Notre travail porte sur les 62 titres de chansons enregistrées dans les quatre albums produits, l‘un par le label indépendant Boucherie Productions (Patchanka), les trois autres par la major Virgin (King Of Bongo, Puta’s Fever, Casa Babylon) jusqu’en 1994. Dans un premier temps, nous avons simplement attribué à chaque titre la ou les langues qui lui correspondent, sans approfondir les éventuelles références sémantiques qui pourraient le sous-tendre.

Pour optimiser notre description, nous avons dressé un tableau par album (tableaux 1–4), ce qui permet de faire le lien entre les titres et les langues représentées, à savoir : l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien et l’arabe. Viennent s’y ajouter deux catégories spécifiques: hybride (titre caractérisé par un mélange linguistique) et néologisme (création linguistique), ainsi que la somme totale des langues employées pour chaque album. Le tableau numéro 5 propose enfin une synthèse de ces observations.

Tableau 1: Mano Negra – Patchanka (Titres des chansons)

No

Titre

Angl.

Franç.

Esp.

Ital.

Ar.

Hybr.

Néol.

1

Mano Negra

x

2

Ronde De Nuit

x

3

Baby You’re Mine

x

4

Indios De Barcelona

x

5

Rock Island Line

x

6

Noche De Acción

x

7

Darling Darling

x

8

Killin’ Rats

x

9

Mala Vida

x

10

Takin’ It Up

x

11

La Ventura

x

12

Lonesome Bop

x

13

Bragg Jack

x

14

Salga La Luna

x

Total:

7

1

5

1

0

0

0

Tableau 2: Mano Negra – Puta’s Fever (Titres des chansons)

No

Titre

Angl.

Franç.

Esp.

Ital.

Ar.

Hybr.

Néol.

1

Mano Negra

x

2

Rock ’N’ Roll Band

x

3

King Kong Five

x

4

Soledad

x

5

Sidi H’Bibi

x

6

The Rebel Spell

x

7

Peligro

x

8

Pas Assez De Toi

x

9

Magic Dice

x

10

Mad House

x

11

Guayaquil City

x

12

Voodoo

x

13

Patchanka

x

14

La Rançon Du Succès

x

15

The Devil’s Call

x

16

Roger Cageot

x

17

El Sur

x

18

Patchuko Hop

x

Total:

7

3

4

0

1

1

2

Tableau 3: Mano Negra – King Of Bongo (Titres des chansons)

No

Titre

Angl.

Franç.

Esp.

Ital.

Ar.

Hybr.

Néol.

1

Bring The Fire

x

2

King Of Bongo

x

3

Don’t Want You No More

x

4

Le Bruit Du Frigo

x

5

Letter To The Censors

x

6

El Jako

x

7

It’s My Heart

x

8

Mad Man’s Dead

x

9

Out Of Time Man

x

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